ROA : la chaussure de randonnée italienne devenue objet de mode
ROA, née à Milan de Slam Jam et d'un designer technique, transforme la chaussure de rando en pièce de mode sans renier la construction.
Par Joey Serradji
ROA est née en 2015 d’une rencontre entre deux mondes qui se parlaient peu : Maurizio Quaglia, designer technique spécialisé chaussure, et Luca Benini, fondateur de Slam Jam — le hub streetwear et culture milanais qui a introduit une partie du techwear japonais en Europe. Le nom vient de la Forcella della Roa, un sommet des Dolomites. Le logo montagne n’est pas un détail cosmétique, c’est la revendication d’une filiation réelle avec la chaussure de terrain.
Ce qui rend le produit crédible
Le modèle fondateur, l’Andreas, part d’une silhouette de boot de randonnée classique et l’exagère — semelles surdimensionnées, construction visible, matériaux premium fabriqués en Italie. La différence avec un pur produit de mode qui copie l’esthétique outdoor : la construction reste fonctionnelle, pas seulement décorative. ROA revendique une fabrication italienne sérieuse plutôt qu’une sous-traitance anonyme.
C’est une manœuvre rare et difficile à réussir : partir d’un objet utilitaire (la chaussure de rando) et le faire exister en mode sans le vider de sa substance technique. Beaucoup de marques échouent dans un sens ou dans l’autre — soit elles perdent la fonction, soit elles ne convainquent jamais côté mode.
Le positionnement réel
ROA se porte aussi bien en ville qu’en sentier, mais la vérité honnête est que la majorité de ses acheteurs l’utilisent en usage urbain. Ce n’est pas nécessairement un problème — une chaussure sur-construite pour la ville dure plus longtemps qu’une sneaker classique — mais ça vaut la peine d’être dit clairement plutôt que de vendre l’illusion d’un usage alpinisme intensif.
Les prix tournent autour de 250-350 € pour les modèles phares, un segment comparable à des marques comme Diemme ou certains modèles Salomon collaboratifs haut de gamme.
Les limites
La silhouette massive de ROA ne convient pas à tous les usages — c’est une pièce qui s’assume visuellement, pas une chaussure discrète. Le style ne cherche pas la sobriété minimale que privilégient d’autres marques du vestiaire technique.
La disponibilité en France reste limitée à quelques revendeurs spécialisés techwear/streetwear, pas de distribution large.
ROA est une option légitime si vous cherchez une chaussure qui assume un look outdoor affirmé plutôt que discret, avec une vraie construction derrière — pas juste un logo montagne appliqué sur une semelle générique.